Yohan Mollo, le réveil russe

On le croyait perdu, contraint de jouer inutilement dans la réserve des Verts, incapable de retrouver un club ou de rebondir ailleurs. Alors, lorsqu’une opportunité de prêt se présente à lui à l’été 2015, Yohan Mollo n’hésite pas : ‘‘Je ne vous mentirai pas. Je n’ai eu que cette offre me concernant’. Comme une dernière chance. Depuis son prêt convaincant et son achat par le Krylia Sovetov, Mollo rayonne dans le championnat russe. Au point cet hiver d’être acheté trois millions par le Zénith St-Pétersbourg.


Yohan Mollo à Nancy : du plus haut, au plus bas

On peut pas dire que le garçon ait laissé un très bon souvenir côté nancéien. Pourtant le début de son aventure en Lorraine commençait comme un conte. Prêté par Grenade à l’intersaison 2011-2012, Mollo éclaire le jeu nancéien par son talent. Sa qualité technique et ses extérieurs du pied ont rapidement fait de lui l’un des joueurs préférés du public nancéien. Il jouera ainsi la quasi-totalité de la phase retour avec le club lorrain et réussira à faire casser la tirelire à Jacques Rousselot en fin de saison qui déboursera 3 millions d’euros pour l’acquérir (presque un record pour le club). Yohan Mollo n’a pas été étranger à la remontée de l’ASNL au classement. Classés 18ème à la mi-saison, les chardons ont enchaîné dix matchs sans défaite avant de se hisser finalement à la treizième place. Avec trois buts au compteur et six passes décisives en seulement cinq mois de compétition, le second fan de Cristiano Ronaldo (après lui même) a conquis le public nancéien.

Malheureusement, le public, le staff, et le président vont vite déchanter. Les résultats de la saison suivante ne suivent pas, l’ASNL est lanterne rouge et ne compte qu’une seule victoire à Noël. Et même si elle doit cette unique victoire à un coup-franc direct plutôt heureux de YM8 à la première journée, Mollo exaspère tout le monde. Il râle et souffle contre ses coéquipiers qui ne lui transmettent pas assez vite le ballon (à son goût), le garçon ne cache pas non plus son mécontentement quand il doit sortir du terrain pour être remplacé. Le joueur fera alors tout son possible pour quitter une ASNL en pleine déroute et rejoindre l’ASSE dès le début du mercato hivernal. Une fois parti tout le monde se lâche, c’est la curée. ‘Pas un seul joueur ne s’est plaint de son départ. C’est un garçon retors qui ne pense qu’à lui. contrairement à ce qu’il a pu déclarer, il se moque de Nancy.’ témoigne Jean Fernandez. Le capitaine Andre Luiz sort de ses gonds :  »l y a certains joueurs qui jouent pour leur gueule.. Si ces gars ne sont pas heureux d’être à Nancy, eh bien qu’ils aillent voir le président et qu’ils demandent à partir. On n’a pas besoin d’eux ! C’est bien beau de dire qu’il faut toujours rester uni, solidaire, mais certains méritent qu’on dise la vérité sur leur mauvais comportement. Je pense à qui ? À Yohan Mollo qui ne court pas sur le terrain, qui ne fait pas les efforts. Et en plus, il n’est pas content quand le coach le sort. Y en a d’autres qui ont la grosse tête. J’en ai marre, ça fait huit ans que je suis à l’ASNL et ça me fait très mal de voir le club dans une situation si difficile ‘.


Le Péril Vert

La réputation du joueur en prend un coup, d’autant plus que Jean Fernandez dispose d’une aura étonnante dans le milieu du foot français. On apprendra plus tard que Mollo n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il est parvenu à s’embrouiller avec tout ses coachs depuis le début de sa carrière. En 2010, Guy Lacombe, entraîneur de l’AS Monaco ne compte pas sur Mollo sur la saison et le prête au Stade Malherbe. Face à son club formateur, YM marque sur coup-franc puis déclarera après le match ‘Guy Lacombe m’a carré toute la saison, a fait de moi un martyr, j’ai répondu sur le terrain. Je le dis : j’emmerde tout le monde et j’ai marqué mon but contre l’ASM. Voilà je méritais ma place‘.

Christophe Galtier, inquiet, et conscient d’avoir un joueur talentueux mais relativement compliqué à gérer ne lèvera pas l’option d’achat fixé à 4M€. L’ASNL, en Ligue 2, prête donc le joueur une seconde fois avec la même option, cette fois-ci elle sera obligatoire en cas de maintien de l’ASSE. Malheureusement les ennuis recommencent pour l’ailier gauche qui joue moins lors de la saison entière 2013-2014 (10 titularisations) que lorsqu’il avait été prêté une demi-saison (15 titularisations). Et Mollo, ce qu’il veut, c’est jouer et compter. Sûr (trop ?) de son talent, Mollo va de nouveau exploser :  ‘Je ne suis pas utilisé comme Romain Hamouma à droite. Cela me frustre. À chaque fois, l’équipe bascule plus à droite. (…) Sur des phases de jeu, c’est clair comme de l’eau de roche : tu dois me la donner mais je ne l’ai pas ! Ça me fait monter le bouillon et à un moment, ça pète. Quand tu ne touches pas le ballon pendant 10 ou 15 minutes, tu sors un peu du match. Mais je ne peux pas obliger mes partenaires. (…) Il  y a coup franc et c’est moi le frappeur de l’équipe. Beaucoup de personnes sont venues [pour le tirer] en disant qu’elles voulaient prendre leurs responsabilités, alors quand j’ai marqué, je voulais juste leur faire un petit clin d’œil et leur dire que c’est moi le frappeur. Parfois, les gens me disaient que je m’en foutais car j’étais prêté. J’ai voulu démontrer que je ne calcule pas. (…) Malheureusement, je n’ai que 3 buts et 3 passes décisives. Ma qualité de centre est largement supérieure à toutes mes saisons précédentes. Mais mes partenaires ne convertissent pas mes centres. C’est frustrant, je devrais être largement plus haut’. 
Entre Alain Delon et Cristiano Ronaldo.

L’âge et ses statistiques vont pourtant jouer en sa faveur : à seulement 23 ans, Mollo signe 7 passes décisives et plante 4 buts pour les verts. Sans oublier sa participation à la Coupe de la Ligue 2013, premier titre des Verts depuis 1981. L’obligation d’achat est levée.

Mais, l’enlisement va se poursuivre pour le cousin d’Abardonado et de Gignac. Il ne jouera que trop peu de 2014 à 2016 cumulant douze titularisations seulement. Le divorce est entamé. Christophe Galtier ne compte plus sur lui. Yo’ Mollo trouvera une solution pour refouler les terrains, avec un prêt au Krylia Sovetov. Sa dernière chance.


L’éclat russe

Depuis le départ de Valbuena, le public français s’était quelque peu détourné du football russe. Yohan Mollo et Yann M’Vila sont les deux seuls français à évoluer aujourd’hui dans la première ligue russe. Deux joueurs du même âge, longtemps considérés comme des espoirs et qui relancent leur carrière plus à l’est. Loin des regards.

Mollo sait se faire apprécier dès ses arrivées. Ses débuts dans le petit club de Sovetov, tout juste promu, sont éclatants. Lors de son premier match contre le Zenith St-Petersbourg (champion en titre) YM7  signe 3 passes décisives. Il est l’homme du match d’une victoire 3-1 sur la pelouse du Zénith !

Le Krylia Sovetov réalise un exploit. Le club va même finir sa saison neuvième, confortablement installé dans le ventre mou. Yohan Mollo dispute vingt-trois matchs et convainc les dirigeants de l’acheter. Sa recette semble être partout la même. Sa technique parle pour lui dès ses premiers matchs et partout où il est allé Yohan Mollo s’est toujours fait apprécié des supporters avant de s’en faire détester. Combien de club de coeur a-t-il déclaré avoir eu dans sa carrière ? A 27 ans, Yohan Mollo n’a jamais disputé plus de deux saisons dans un même club. Et son aventure au Krylia Sovetov ne fera pas exception.

Ses statistiques vont s’envoler pour sa deuxième saison en Russie, signe d’une acclimatation plus que réussie. Il devient alors l’un des meilleurs joueurs du championnat russe. A l’image de deux matchs importants pour son club. Celui contre le Spartak Moscou, actuel leader, qui s’est vu infligé une sévère correction par le Krylia Sovetov (relégable au coup d’envoi). Le score est sans appel : 4-0. Yohan Mollo ouvre la brèche en marquant le premier but sur penalty puis en délivrant une précieuse passe décisive. Il confirme ainsi un niveau de forme exceptionnel. Quelques jours avant, le natif de Martigues avait signé un important doublé dans la course au maintien contre le club de Tomsk.

Yohan Mollo est en ce moment en train de vivre la saison la plus prolifique de sa carrière. Le joueur français a marqué à cinq reprises en onze journées. Il bat ainsi son record personnel de but marqués en une saison.  Il lui reste en plus toute une moitié de saison à jouer, mais sous la célèbre tunique bleu ciel du Zénith St-Pétersbourg. Le joueur a été transféré à l’intersaison pour 3 millions d’euros et aura une demi-saison pour emmener le Zénith à la première place. A cinq points du Spartak, le Zénith peut remercier Mollo d’avoir grandement participer à l’une des seules défaites moscovites cette saison.

Reste à savoir si Mollo disposera de suffisamment de temps de jeu et de confiance autour de lui. Dans le deuxième club le plus populaire de Russie, le vieux chardon aura une sérieuse concurrence avec l’ailier gauche Oleg Shatov ou le buteur Dzoubia tout deux internationaux russes. Reste aussi la possibilité déloger Robert Mak, l’ailier droit de la Slovaquie. À la Webtv du Zenith, Mollo répond sur sa future concurrence ‘Shatov a fait l’histoire, il a gagné des titres, il joue en équipe de Russie. Mais tout le monde est bon dans cette équipe, et tout le monde a la possibilité de jouer’. Et de conclure comme à chaque fois qu’il arrive dans un club ‘mon rêve a toujours été de jouer dans un grand club, mais maintenant mon rêve est réalisé, je vais jouer pour ce grand club‘.

mollozenith