Dix jours avec Tony Cascarino (partie 4)

Suite et fin du feuilleton Tony Cascarino. ‘Ten Days in November‘ se termine sur le match opposant l’AS Nancy Lorraine à l’Olympique de Marseille. Le moins que l’on puisse dire c’est que Tony Goal finit aussi bien ses histoires que ses actions !


Samedi 27 Novembre
Nancy 2, Marseilles (sic) 2
Laszlo a annoncé l’équipe lors de la dernière réunion d’avant match juste avant de quitter l’hôtel. J’ai été supris et heureux à la fois d’entendre mon nom. Même si ça n’avait pas beaucoup de sens par rapport à ma mauvaise prestation lors de mon dernier match.
Et pour autant, rien n’a changé. Je pourrais abandonner complètement la partie demain ; je gémirais encore et me lamenterai six jours par semaine. Mais jusqu’à la fin de ma carrière, je ressentirai toujours quelque chose de spécial le Samedi. De notre premier jour de contrat à notre dernier, nous sommes tous accros à la même chose : figurer dans le onze de départ.
Dans la chambre, je me suis demandé si j’allais changer de chaussures avant le match. Je n’ai pas marqué lors des deux rencontres contre la Turquie (avec l’Irlande ndlr.) ni lors des quatre matchs après mon hat-trick* contre Rennes. Je change toujours de paire de crampons quand je ne marque pas pendant cinq matchs. À la dernière minute, j’ai changé d’avis et décidé de leur donner une dernière chance. J’ai marqué deux buts ce soir là. Tout ce que je peux dire c’est qu’elles ont manifestement eu peur pour leur propre vie !

De ce qu’on dit, la jouissance quand on marque un but est supérieure à celle ressentie lors d’une relation sexuelle. Mais je comparerais davantage cela à de la masturbation. J’ai toujours trouvé le sexe comme la forme absolue du plaisir. Marquer des buts relève davantage du soulagement. Mon premier, marqué à la 51ème minute, est un exemple parfait de ce que je sais faire de mieux. Laurent (Moracchini) a été superbe, il m’a fait une longue transversale dans la surface adverse. J’ai battu le défenseur et avec la tête j’ai envoyé le ballon dans les filets. Le second a été plus compliqué à mettre. Marseille s’est réveillé et a inscrit deux buts en deux minutes, juste après mon ouverture du score. Il faudra attendre la 71ème minute pour que je sois récompensé d’un penalty. J’ai tiré tous les penaltys cette saison, et je les aient tous marqués. Mais le but est toujours un peu plus étroit quand votre équipe est menée. Je me sentais terriblement nerveux quand j’ai placé le ballon sur le point de penalty, je n’arrivais pas à me décider.
‘Fais ce que tu as toujours fait, frappe en force.’
‘Ne sois pas ridicule ! Tu as déjà joué avec tout ces gars ! Il (Porato ndlr.) sait exactement ce que je vais faire’
‘OK, place là à droite.’
‘Non, j’ai envie de la mettre à gauche.’
‘Ok, tire à gauche.’
‘Non, tu as peut être raison.’
‘VISE JUSTE CE PUTAIN DE TRUC !’
Je l’ai placé à droite et j’ai marqué.
Deux partout est un bon résultat dans ces circonstances (Marseille a raté un penalty à la dernière minute) pour l’équipe comme pour moi. Au coup de sifflet final, j’ai marché vers le vestiaire en me demandant ce que les ultras de Marseille étaient en train de penser. Depuis que j’avais été vendu à Nancy, j’ai inscrit plus de buts par saison qu’aucun des grands noms qui m’ont remplacés – un fait important que j’ai déjà souligné. J’espérais qu’ils se disaient ‘Nous avons payé 3M£ pour Christophe Dugarry et 5M£ pour Fabrizio Ravanelli et ils ont autorisé un joueur qui marquait davantage que les deux réunis à partir pour rien du tout !’ J’espérais qu’ils pensent  : ‘Mais putain ! Pourquoi l’a-t-on laissé partir ?‘ Monsieur Rousselot a semblé heureux dans le vestiaire. Laszlo aussi, il a hoché la tête et m’a mis une claque dans le dos.
Meilleur que le sexe ? Non. Juste soulagé d’avoir bien fait mon travail.


>Plus de la moitié des buts de cette vidéo ont été inscrits la tête.

Dimanche 28 Novembre
À mon age, quand vous disputez deux voire trois matchs sans marquer, tu es toujours considéré comme ‘fini‘. C’est toujours ‘La Fin‘. J’ai atteint ‘La Fin‘ plusieurs fois pendant ces deux dernières saisons mais j’ai toujours réussi à repousser l’échéance en marquant un but au moment opportun. Il est souvent dit qu’à un certain âge, le niveau de jeu décline lentement. Mais selon mon expérience, cela ne s’applique plus lorsque qu’on atteint le milieu de la trentaine. À 37 ans, je suis régulièrement un meilleur joueur que ce que j’étais à 27 ans. Je m’entraîne plus durement, je reste aux entraînements plus longtemps, je prête davantage attention à ce que je mange. Pourquoi ? Parceque je n’ai pas le choix. Je suis toujours à trois mauvaises performances de La Fin.

>Quand on lui demande l’écart de niveau entre Nancy et Marseille

Quand j’étais jeune, j’avais l’habitude de sortir et de boire beaucoup. Je me souviens, à Gillingham, une de mes saisons là bas s’est terminée en Février à cause d’une blessure au genou. Je n’ai pas joué pendant trois mois et je me suis rendu après à Terenife en vacances avec Sarah dès le mois de Juin. Conscient de mon futur retour sur les pelouses, je me suis pesé dans les toilettes publiques de la gare de Paddington : j’avais pris plusieurs kilos. C’était le soir du combat de boxe opposant Franck Bruno à Whiterspoon et j’ai lu dans le journal que Bruno pesait 102 kilos. La balance indiquait que je faisais le même poids que lui ! Deux poids lourds ! J’aurai du m’affoler, mais on ne voit pas La Fin quand on est jeune. J’ai juste rigolé et haussé les épaules ‘Hé ! Je pourrais moi aussi me battre ce soir !

>Tout le monde se l’arrache !

Au matin, la presse locale m’avait attribué une très bonne note pour le match d’hier. J’ai ainsi passé la journée en me sentant bien dans mon corps. Demain, nous reprenons l’entraînement pour notre prochaine rencontre contre Sedan. Alors, mon dernier match ne comptera plus, je redémarrerai un cycle de trois matchs jusqu’à La Fin. Mais bizarrement, ce soir, je me sens comme au début de ma carrière.

Partout autour du monde, à Londres, Paris, New York, Rome des millions de personnes vont au lit le soir en pensant ‘Oh putain, demain c’est Lundi‘. Pas au 6 avenue de la Garenne. Not chez moi*. Les nuages noires qui passaient il y a une semaine semblent distants maintenant. Soudain, le football était redevenu aussi magnifique que lorsque j’ai débuté.

*Les phrases marquées d’une astérisque sont directement issues du livre et n’ont pas été traduites.


>Un dernier penalty pour la route. Vous pouvez couper avant le but de Rabé !