Dix jours avec Tony Cascarino (partie 1)

« J’ouvre les yeux aux sons de ma ville. Il est 7h43 à Nancy et la ville se réveille avec le bourdonnement des tuyaux d’échappements avenue de la Garenne et l’ambulance qui klaxonne. Des lourdes gouttes de pluie frappent la fenêtre de la chambre et, au delà du rideau blanc, la première vue sur Nancy : un ciel gris éternel. Toujours le même. » Voilà comment débute la biographie de Tony Cascarino. L’international irlandais publie en 2000 ‘Full Time : the secret life of Tony Cascarino’, autobiographie signée avec le journaliste Paul Kimmage. Jamais traduit en français, le site des Vieux Chardons vous propose aujourd’hui une traduction partielle d’un chapitre du livre. Si vous souhaitez en savoir plus sur le héros de la fin des années 90 de l’AS Nancy lorraine vous pouvez vous reporter sur l’original.

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Vendredi 19 Novembre 1999
Partout dans le monde, à Londres, Paris, New York et Rome des millions de personnes se jettent du lit ce matin en pensant « Dieu merci, c’est Vendredi ». Mais pas au 6 avenue de la Garenne. Not chez moi*. Après avoir passé une agréable soirée avec Virginia [sa femme ndlr.] durant laquelle nous avons mangé un bon repas et bu du bon vin, nous avons ensuite fait ce que les athlètes professionnelles sont supposés faire avec modération. La seule pensée qui m’est venu quand j’ai ouvert les yeux « Merde, c’est reparti ». Je ne voulais pas être Tony Cascarino. Je ne voulais pas être une star du Nancy FC (sic). Je ne voulais pas être footballeur professionnel. Je me sentais physiquement, mentalement et émotionnellement vidé et je me suis réveillé ce matin en ressentant du mépris pour le prochain match.

Après avoir emmené Maeva à l’école, j’ai longuement profité d’un bain et j’ai passé ma matinée à essayer de secouer le vide qui m’enveloppe depuis Bursa [L’irlande avait affronté la Turquie en match retour des barrages lors des éliminatoires de l’Euro 2000. Après un match nul 1-1 à domicile, les irlandais ont concédé un 0-0 à Bursa synonyme d’élimination, dans un match survolté et émaillé de multiples incidents ndlr.]. Le club de Nancy m’a appelé avant le repas. L’expérience ne vous enseigne rien. On espère toujours le meilleur. Je voulais qu’ils me disent ‘Tony, tu as joué trois matchs en 7 jours, passe le week end à la maison avec ta famille et on se verra le week end suivant’. Mais ils m’ont dit ‘Tony, il y a entrainement à quinze heures trente, sois prêt immédiatement. Après, on part à Nantes.’
Virginia n’était pas impressionnée ‘rappelle les’ me dit-elle ‘dis leur que tu es malade. Je le pense, regarde toi ! Tu es malade ! Tu es couvert de bleus de la tête aux pieds !’
Afficher l'image d'origineLa plupart des gens ont vu la bagarre éclatée en direct sur Eurosport et j’étais sûrement blessé aux côtes droites quand je suis revenu en Forêt de Haye. On s’est entraîné une heure et après nous avons eu un rassemblement avec le président du club, Monsieur Rousselot, qui a annoncé un bonus de 3000£ par joueurs en cas de victoire. Normalement notre prime de victoire* est de 1000£ mais Nantes est une concurrent direct. Comme nous sommes tous les deux in the shit* en bas de tableau, il a annoncé une triple prime. […]

Ce soir, je partage ma chambre avec Cédric Lécluse, un défenseur de 26 ans qui téléphone chez lui au moins vingt fois par jour. C’est l’homme le plus amoureux de sa femme que je connaisse. L’histoire d’amour a débuté quand ils étaient tout deux adolescents. Cédric était un apprenti footballeur à Nancy et Sylvie s’occupait de la caisse dans un supermarché. Tous les jours, plusieurs fois par jour même, Cédric faisait la queue à sa caisse avec un Perrier ou une pomme jusqu’à ce qu’elle accepte de sortir avec lui. Il est totalement dévoué à elle depuis. Il y a une morale et une innocence chez Cédric qui me plaît mais il est incroyablement naïf. Il m’a dit des choses sur sa femme que je ne dirais même pas à mon ami le plus proche (sic). Et encore moins à un footballeur avec qui je partage ma chambre. Je ne peux pas l’imaginer dans un vestiaire anglais. Il serait absolument détruit.


Samedi 20 Novembre 1999
Nantes 2, Nancy 0.
-Bon, ce que je peux dire, par rapport à ce que vous proposez habituellement, c’était catastrophique.
-Oui, j’arrivais par à me secouer sur le terrain …
-Alors, c’est quoi l’excuse cette fois-ci ?
-J’en ai aucune.
-J’ai hâte de voir les notes dans l’Equipe demain matin.
-Ça ne m’intéresse pas…

Je me suis réveillé ce matin en me sentant comme Niall Quinn [international irlandais ndlr] : je ne pouvais pas sortir du lit. J’ai passé mon après-midi entière dans un semi-coma après le déjeuner. C’est le retour de bâton du manque de sommeil la nuit et du long déplacement à Bursa. Je me sentais complètement anéanti. Grâce à mon expérience et parce que  je suis l’un des deux seuls internationaux à Nancy [avec Saïd Chiba sélectionné dans l’équipe du Maroc ndlr.] l’entraîneur me donne habituellement aucune consigne avant un match. Mais hier c’était ‘Tony, un mot  : enthousiasme !’ . J’aurai dû avoir un panneau ‘Ne pas déranger !’ sur moi. Même le président y est allé de son mot dans le tunnel menant au terrain : ‘Ca va Tony ?’
Oui ça va bien’ j’ai répondu.
J’aurai dû dire ‘Non, Monsieur Rousselot, ça ne va pas du tout. Pour être parfaitement honnête Monsieur Rousselot je me sens complètement baisé.’ Mais notre président est un homme honorable. Il m’a toujours correctement traité, alors je lui ai répondu ce qu’il voulait entendre de moi ‘Oui, ça va bien’.
Afficher l'image d'origineMon jeu est basé sur le combat en un contre un : je suis à mon meilleur niveau quand j’oublie le jeu de l’équipe et que je me concentre pendant quatre-vingt dix minutes à mon duel avec celui qui me marque. Ce soir, j’ai jeté l’éponge avant le coup d’envoi. J’ai passé mon match en espérant être ailleurs. J’étais complètement nul à chier. Au coup de sifflet final, j’avais déjà hâte de sortir du vestiaire et d’aller à l’aéroport. Je ne me suis jamais senti aussi mal depuis mon arrivée en France. J’en ai marre de l’équipe, marre du foot, marre de tout ce qui arrive dans ma vie. Sur le trajet retour, j’ai même espéré que l’avion se crashe.

Virginia dormait quand je suis arrivé à l’appartement. Je me suis préparé une tasse de thé et je me suis couché pour regarder the blue channel*, XXL. C’est ce que je fais quand je me sens au plus mal. Deux nains étaient habillés comme des nains de jardins. ils s’arrachaient les vêtements étaient sur le point de baiser sur la pelouse. (sic)
‘Bon sang Tony, tu te sens si mal que ça !’
‘Non t’as raison.’
Dégouté, j’ai éteint la télévision et je me suis écroulé sur le lit.

Dimanche 20 Novembre 1999
Ce matin j’avais déjà tout prévu ‘Je vais aller voir le président demain’.
Pourquoi ?’ me demanda-t-elle.
Pour voir s’il m’offre l’opportunité d’arrêter mon contrat’.
Ne sois pas stupide ! C’était juste un mauvais match. La semaine prochaine tu joueras contre Marseille. Ne me dis pas que tu ne veux pas jouer contre Marseille ?’
Non j’en ai marre de tout ça. J’en ai assez. Rousselot comprendra quand je lui expliquerai. Il ne me paiera pas jusqu’à la fin de la saison s’il sait que je ne veux plus jouer. […]’.
Repenses-y Tony. Tu es le meilleur buteur de Nancy ! Leur joueur le plus expérimenté ! Il serait fou de te laisser partir !’
Pas après la façon dont j’ai joué la nuit dernière.’
Oublie la nuit dernière. Tu étais fatigué. C’était ‘un jour sans*’. Tout le monde a ‘un jour sans*’.’

Ça m’a fait du bien de parler. A mesure que la journée avançait, ma dépression commençait à disparaître. Et après un merveilleux déjeuner on est allé faire du shopping l’après midi pour acheter un nouveau lit indonésien. J’aime dépenser de l’argent, spécialement quand je suis à bout. Je suis comme une de ces serial women shoppers* qui n’arrêtent pas d’acheter des vêtements quand elles se sentent dépressives. J’ai ensuite passé ma soirée à discuter au téléphone avec ma famille et des amis. J’ai été béni d’avoir des amis comme eux. J’ai téléphoné à Chris McCarty que je connais depuis l’enfance, et à Steve Wishart qui était mon manager à Crockenhill. Ensuite, j’ai appelé Andy Townsend [footballeur international irlandais ndlr].
Je savais que t’allais appeler’ m’a-t-il dit.
Comment ça ?’ j’ai demandé.
Et bien, c’est Dimanche n’est-ce pas ? Tu appelles toujours quand c’est le moins cher !’
Avec Andy, on a eu une discussion qui a duré 45 minutes. On s’est remémoré le match contre la Turquie et la bagarre qui s’en est suivi. ‘C’est typique de toi, tu étais déjà le même quand nous avions perdu contre la Belgique [match de barrage pour la Coupe du Monde] en 97 !’ m’a-t-il dit.

L’Equipe m’a attribué la note de 4.5 (sur dix) ce matin. C’est mauvais mais c’est juste, pour une fois. Je vais essayé de me sortir ce match de la tête. Virginia a raison, a jour sans*.

*Les phrases marquées d’une astérisque sont directement issues du livre et n’ont pas été traduites.