A la recherche du nouveau Platoche : Patrick Delamontagne

Au début des années 1980, l’AS Nancy Lorraine est à une période charnière de son histoire. En cause, le double départ du fondateur du club, Claude Cuny, et celui de l’enfant prodige du Stade Picot, Michel Platini. Gérard Rousselot, parvenu à la tête de l’ASNL nomme Georges Huart, ex-entraîneur de Besançon, pour remplacer Antoine Redin, coach emblématique de l’épopée de 78. Reste plus qu’à dénicher le nouveau Platini, parti chez les Verts. En 1980, le club au chardon s’offre ainsi les services du jeune lavallois Patrick Delamontagne surnommé à juste titre ‘Le Platini de le Basser’ . Il n’en fallait pas plus pour le recruter !


Si ma mémoire est bonne, je suis venu remplacer Slobodan Antic’ déclare ironiquement Patrick Delamontagne. En 1980, L’ASNL n’est effectivement pas à son premier coup d’essai dans sa quête homérique du nouveau Platoche. Dès le départ de l’idole, le meneur de jeu Slobodàn Antic rejoint le club au chardon. Le yougoslave est plutôt adroit (8 buts en 28 matchs) mais son talent reste limité. Critiqué par les supporters  et contesté en interne il ne parviendra pas à convaincre.  Une grave blessure mettra fin à son aventure en Lorraine. Il finira par rejouer un an plus tard, en Ligue 2, à l’Olympique de Marseille.

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>Slobodan Antić, premier candidat recalé

Dès l’été suivant, le délitement de l’AS Nancy Lorraine se poursuit. Après les départs de Cuny, Redin, Platini c’est au tour de l’emblématique défenseur Carlos Curbelo de faire ses valises pour un horizon plus radieux, l’OGC Nice. L’AS Nancy Lorraine est en transition, et mise sur Delamontagne pour lui donner un second souffle.

En 1975, de l’autre côté de la France un jeune joueur dispute alors son premier match professionnel à l’âge de 17 ans. Patrick Delamontagne se positionne rapidement en meneur de jeu (et en buteur) de la formation rennaise. Mais cette dernière est obligée de se séparer de son prodige en 1978. A force de promotions et de relégations répétées, le Stade Rennais est au bord de la faillite. Delamontagne est cédé au voisin lavallois, stabilisé en Divison 1 par le coach symbolique des Tangos, Michel Le Milinaire.

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Il deviendra rapidement l’idole du Stade Le Basser. A 21 ans et devient la tête pensante du jeu lavallois. Sa vision de jeu, sa qualité technique et sa vitesse d’exécution impressionnent. Cerise sur le gâteau, il est plutôt adroit devant le but et signe une vingtaine de réalisations en deux saisons. Floqué du dix dans le dos, il est rapidement surnommé Le Platini de Le Basser et témoigne aujourd’hui :  ‘Le numéro 10  ? c’était surtout comme ça à l’époque. On ne choisissait pas comme aujourd’hui. J’ai de l’admiration pour Platini. Même s’il était pas facile, il était assez réservé, tout ça. Mais au niveau du jeu, de ce qu’il a fait, ça n’a rien à voir avec Zidane. Il était 10 fois plus fort que Zidane.’
Parole impartiale de Vieux Chardon.


DE L’AS NANCY LORRAINE À L’ÉQUIPE DE FRANCE

Les tractations pour s’offrir les services de l’artiste ont pourtant été difficiles. Plusieurs clubs flairant la bonne affaire, L’ASNL va s’imposer et arracher Delamontagne aux griffes du Paris Saint-Germain. Georges Huart va alors en faire sa pièce maîtresse dans le nouveau milieu de terrain rouge et blanc. L’avant-centre Ruben Umpierrez (sifflé pour la saison passée pour son inefficacité) est repositionné plus bas sur le terrain et va être associé à Paco Rubio et Delamontagne. Ils ont pour tâche d’alimenter en bons ballons les attaquants, que sont Bernard Zénier et Olivier Rouyer. Preuve que la recette fonctionne, le duo d’attaque finit la saison 1981-82 à 30 buts. L’apport du jeune breton est significatif dans le jeu nancéien.

PATRICK DELAMONTAGNE

Delamontagne réalise ainsi une première saison  satisfaisante à l’AS Nancy Lorraine malgré l’ombre tenace de Platini qui flotte encore sur Picot. Le breton totalise 37 apparitions mais n’est parvenu à trouver le chemin des filets qu’à six petites reprises, loin de ses statistiques passées. Malgré tout, les rouges et blancs refont surface en Division 1. Après deux saisons à la onzième place, ils regagnent le haut de tableau et finissent à la huitième place. Les qualités techniques de Delamontagne conviennent parfaitement au jeu, réputé léché, des nancéiens. ‘Moi , mon jeu, c’est le un contre un: créer une brèche pour donner un ballon de but ou marquer. C’est pour ça qu’avec Le Milinaire à Laval, Georges Huart à Nancy, j’ai eu de la chance, c’étaient que des mecs qui aiment le ballon. Le public est plus souple aujourd’hui, il vient pour voir son équipe gagner. A l’époque, il voulait voir du jeu, sinon ça gueulait dur.’

Lors de cette même saison, Delamontagne va même être appelé en Équipe de France pour la première fois. La France affronte le Brésil en amical à Paris. Giresse et Platini sont forfaits pour ce match, Michel Hidalgo fait alors appel au meneur de jeu nancéien de 23 ans. Delamontagne rentre à l’heure de jeu au Parc des Princes. ‘La Marseillaise, tout ce qu’il y a autour, ça prend aux tripes. Et puis c’est des super souvenirs. J’avais échangé mon maillot avec Junior. Au milieu de terrain, il y avait Junior, Falcao, Zico, Socrates. J’étais rentré à une demi-heure de la fin. On était mené 3-0, ils avaient le ballon, on prenait un bouillon. Puis on est revenu à 3-1 et j’ai une occasion de mettre le deuxième à dix minutes de la fin, je prends mal mes appuis et je frappe au-dessus alors que j’étais au point de penalty. J’ai gardé le maillot de Junior.’

La curée de l’ASNL se poursuit en 1981 avec le départ de l’historique Olivier Rouyer, celui de Delpierre et Lokoli. Ils ne seront pas remplacés au plus grand regret des joueurs et des supporters. Le Stade Marcel Picot se vide progressivement  et après une large victoire 5-0 contre Brest devant 4941 supporters, l’Est Républicain titrera ‘La meilleure équipe de Nancy devant le plus maigre public‘. Ces bouleversements n’empêcheront pas le club au chardon de terminer un nouvel exercice à la huitième place. La saison de Delamontagne est d’ailleurs dans le même esprit que la précédente. Ses caviars font toujours le bonheur de Zénier (13 buts), Rubio (9) et Umpierrez (8). Malheureusement, le breton accumule les blessures et son efficacité devant le but est pointé du doigt.
La mauvaise ambiance, l’irrégularité sportive, l’instabilité interne du club et de nouvelles opportunités pousseront Delamontagne vers la sortie.


LE DÉPART ET LE RETOUR À LE BASSER

Les offres pour le numéro 10 affluent. Outre Nantes, le Paris Saint-Germain revient à la charge. Delamontagne jettera finalement son dévolu sur l’AS Monaco, champion de France en titre.

Les deux saisons monégasques vont être compliquées pour le breton. La première, il est en manque de temps de jeu, totalisant douze apparitions seulement. La seconde est tout autant malheureuse et même si Delamontagne dispose de davantage de temps de jeu, l’AS Monaco perd le titre de Champion de France à la différence de buts avec les girondins et échoue en finale de la Coupe de France contre le FC Messe.

L’expérience peu concluante sur le Rocher le pousse à revenir à Laval.  Il se confie en 84 : ‘Mon contrat rempli avec Monaco, il me tarde de revenir dans l’Ouest. Depuis mon départ de Laval, je ne me suis jamais amusé en jouant au football’. Il retrouvera alors son coach fétiche, le sourire et ses jolis gestes. A 28 ans il s’impose comme l’un des meilleurs milieux de terrain de Division 1 et mènera le Stade Lavallois à leur âge d’or. Fini les blessures, en trois saisons il va disputer 123 matchs de D1 ! Il retrouvera même l’Equipe de France qu’il avait quitté cinq ans plus tôt, pour une dernière fois. Son seul regret ? Celui de ne pas figurer dans l’équipe du Mondial 86. ‘Je pense que c’est en 1986 que je méritais d’être dans les 22. Il avait 30 mecs et il a dû hésiter entre un ou deux et j’étais dedans je pense. Je sortais de 3 grosses saisons à Laval.’

Platini était irremplaçable, mais Le Platini de Le Basser l’était tout autant, chez lui, à Laval.